Hache

C’est en 1747 que le célèbre ébéniste grenoblois Pierre Hache (1705-1776) [wikipedia] – troisième génération d’ébéniste, après son père Thomas (1664-1747) et son grand-père Noël (1630-1675) – achète un domaine et une maison à Brié, au lieu-dit « Les Rivaux », à l’extrémité du chemin menant à Montchaboud. Cette maison demeurera la propriété de la famille jusqu’en 1831. Pendant presque un siècle, un lien fort unira la famille Hache et notre commune.

Associé étroitement à son fils aîné Jean-François, Pierre Hache embauche plusieurs compagnons, mais organise l’atelier pour préserver les secrets de fabrication notamment pour les teintures de bois verdi ou de noyer rougi. Les compagnons sont astreints aux tâches de menuiserie ; le placage, la marqueterie et les incrustations sont réservés au maître ou à son fils. Jusqu’en 1760, c’est la main de Pierre qui influence une production dans le style Régence, voire Louis XIV ornée de motifs à l’italienne.

Jean-François Hache dit l’ainé (1730-1796) est le plus célèbre de la dynastie. Après un séjour de quatre mois à Paris en 1756, au cours duquel il est peut-être en contact avec Jean-François Oeben, l’ébéniste de Louis XV, il revient à Grenoble et prend progressivement le relais de son père. Il impose à partir de 1760 les formes plus élancées du style Louis XV. Les pieds s’allongent en courbures souples terminées par des sabots. Seul à utiliser loupes et racines de noyer, il simplifie le maniérisme de son père et impose des grands cartouches contournés sobrement. Il réalise également des marqueteries en mosaïque.

Pierre ayant fait une donation à son fils aîné pour ne pas mettre l’entreprise en difficulté, Jean-François recueille la succession à sa mort. C’est à cette époque que ses frères rajouteront, pour se différencier, un nom de lieu au patronyme : Pierre, curé à Villeneuve d’Uriage, puis à Eybens, plus tard député du clergé à l’Assemblée de Vizille, prend le nom de Hache-Duchène ; Joseph, celui de Hache-Contamine ; Thomas, celui de Hache-Duménil ; Christophe-André, le cadet, celui de Hache-Lagrange.

Ce dernier hérite de l’atelier de son frère, sans descendance, quand celui-ci prend sa retraite, en 1788. Il poursuit le négoce pendant quelques années, puis met en vente l’atelier et le fonds des meubles le 13 mai 1801. Entre 1824 et 1830, Christophe-André Hache cèdera à la commune de Brié une partie de son terrain pour élargir le chemin des Rivaux.

Quant à la maison, le président A. Piolet nous dit qu’elle offrait une étrange architecture. Bâtie sur le penchant d’une colline que regardaient la façade et les entrées principales, elle se distinguait par de grandes différences de niveau. Ainsi, les caves et celliers s’ouvraient sur une cour en contre-bas d’un terrain formant terrasse devant la-dite façade et enclos de murs à hauteur d’appui. Sur ce terrain ombragé de beaux noyers, donnait la salle à manger, flanquée de grandes alcôves. Au fond, une petite chambre qu’il fallait traverser pour se rendre, en gravissant deux ou trois marches, à un grand salon. A côté de la salle-à-manger et sans se soucier de le raccorder à l’ancienne construction, on avait construit un appendice qui renfermait la cuisine et la dépendance. Puis, au-dessus du corps de bâtiment principal formant pignon, existaient, la plupart en mansardes, beaucoup de chambrettes et deux ou trois cabinets sans fenêtre. Quand le domaine change de propriétaire, après la mort de M. Hache-Lagrange, en 1831, la maison fut réparée et régularisée mais les vieux meubles furent conservés.



Auteur : d’après Suzanne Ehrhard

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