1815 - Napoléon 1er à Tavernolles

Le retour de l’aigle

Image représentant : Plaque commémorative
Plaque commémorative
Copyright Marion Cassou

Parti le 1er mars 1815 de Golf Juan, où il a débarqué de l’île d’Elbe, Napoléon remonte la route des Alpes avec un millier de soldats. Le 6, il arrive à Corps, qu’il quitte le lendemain matin pour une étape décisive, Grenoble.

L’étape Corps-Grenoble, longue de 61 km accomplis à pied, est couverte en 16 heures. Effectuée de 6 à 22 heures, elle est marquée par deux rencontres importantes : à midi, à Laffrey, et à 18 heures à Tavernolles.

L’ancien grenadier de Louis XV

Lorsque la colonne de soldats traverse Brié, un grenadier qui avait suivi l’Empereur à l’île d’Elbe se précipite vers la ferme de ses parents. Là, au milieu de l’effusion générale, son père, maintenant un vieil homme, après avoir embrassé son fils, exprime un souhait : il veut voir Napoléon, le toucher. C’est la grâce que cet ancien grenadier de Louis XV souhaite avant de mourir. Son fils l’accompagne jusqu’à l’Empereur.

Le soldat du 20ème

Un peu plus loin, un vieux paysan voyant approcher une silhouette qu’il connaît bien n’en croit pas ses yeux : l’Empereur ! Il jette sa pioche, quitte son bonnet et s’approche du chemin. Il ne rêve pas, et l’Empereur lui parle : « Grenadier du 20ème (il le reconnaît !), tu as changé ton fusil contre ta pioche. Laisse-là ta pioche et reviens au fusil, avec lui tu gagneras la croix des braves ! »

La rencontre du colonel La Bédoyère

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A 28 ans, le colonel La Bédoyère qui commande le 7ème régiment de ligne à Chambéry,où il a été nommé pour être éloigné des conspirations parisiennes, est un fervent admirateur de Napoléon.

Le 7 mars 1815, il se trouve à Grenoble pour escorter la famille royale qui rentre d’émigration lorsqu’il est informé de la proximité de Napoléon. Au cri de « En avant, qui m’aime me suive ! », il rassemble son régiment et quitte Grenoble vers 16 heures en criant « Vive l’Empereur ! ».

Il s’arrête dans une taverne des faubourgs pour remplacer, aux hampes des drapeaux, les fleurs de lys par des aigles jusqu’alors tenus cachés dans des tambours. La taverne prendra plus tard le nom de « L’aigle », et son enseigne « A l’aigle impérial » restera longtemps en place.

Le colonel arrive avec son régiment vers 18 heures à Tavernolles, et rencontre Napoléon entre Brié et Tavernolles, au niveau du château de l’Enclos, à l’époque maison de campagne de Monsieur de Chalvet.

S. et A. Troussier ont décrit cette rencontre :

« A l’autre bout de cet immense plateau, une nuée s’élève et des clameurs grandissent : la colonne de l’île d’Elbe approche dans le poudroiement du couchant et la gloire de la seconde rencontre de cette inoubliable journée … Le colonel reconnaît ses camarades du 5ème de ligne … Il court vers l’Empereur, le salue de l’épée, se jette à ses pieds … Napoléon saisit l’aigle du drapeau qui s’est incliné vers lui, l’embrasse avec émotion et, ayant relevé l’épée du colonel, lui tends les bras en disant : Colonel, votre dévouement m’est précieux, vous et le 7ème ferez désormais partie de ma garde. »

Les soldats fraternisent au moyen de quelques tonneaux de vin que les habitants avaient roulés sur la route.

L’auberge de la mère Vigier

Il est sept heures du soir lorsque la colonne, partie le matin de Corps, arrive à Tavernolles. L’Empereur décide de s’arrêter à l’unique auberge « Au trois fleurs de lys », dont on tente rapidement d’effacer l’enseigne. « Le soin et l’art avec lesquels la tenancière, la mère Vigier, avait improvisé l’omelette campagnarde et servi le pichet de vin, que partout l’Empereur trouve bon, font oublier l’enseigne. Et c’est tout ragaillardi par leur simplicité et leur ferveur que déjà Napoléon quitte ses hôtes d’un moment. »

L’Empereur, après avoir envisagé de bivouaquer à Eybens, entre dans Grenoble vers dix heures du soir.

La Bédoyère, nommé général, fait pair de France par Napoléon, sera fusillé le 19 août 1815 vers 18h20 à la Barrière de Grenelle par la Restauration. Au début du XXème siècle, son petit-fils, le comte de La Bédoyère, avait manifesté sa ferme intention de faire édifier en ces lieux historiques un monument commémoratif sur lequel aurait été fixé une réplique du bas-relief en bronze qui orne la sépulture de la famille au cimetière du Père Lachaise, à Paris.

Un monument rappelle cette rencontre historique dans le parc des Hauts du Moulin.

d’après Pierre Melquiond



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